La piscine
Canicule, chlore et humiliation
Trente-huit degrés, deux serviettes assorties, beaucoup d'assurance. Détail négligé pendant la préparation : aucun des deux ne sait nager.
« Les Z'aventures des Puceaux » est une mini-série d'animation 3D dont chaque plan est généré par intelligence artificielle. Huit épisodes en ligne, plus de deux cents clips produits, deux personnages qui gardent la même casquette et les mêmes lunettes d'un épisode à l'autre. Aucun studio, aucune équipe, aucun budget de production classique.
Je l'ai lancée pour une raison simple : on parle beaucoup de ce que l'IA promet, rarement de ce qu'elle tient vraiment quand il faut livrer un objet fini. Cette page raconte le pipeline complet, du gag écrit sur un carnet jusqu'au montage, avec ce qui marche et ce qui coince encore.

Ces chiffres ne comptent que les clips retenus. Le volume réellement généré est plusieurs fois supérieur : la plupart des plans demandent trois à six tentatives avant d'être exploitables.
Momo et Toto sont persuadés d'avoir tout compris. Chaque épisode suit la même mécanique : ils fanfaronnent, ils passent à l'action, et tout s'effondre dans les trente secondes. La chute est toujours livrée par Momo, sous forme de conclusion philosophique définitive.
Ce cadre volontairement rigide n'est pas qu'un choix d'écriture, c'est une contrainte de production. Une IA générative dérive vite : plus la structure narrative est stable, plus il est facile de repérer un plan qui sort du cadre et de le régénérer.
Le format tient en une minute trente à deux minutes, découpé en blocs courts, en 16:9, dans une esthétique 3D proche du film d'animation grand public.
Rond, rapide, increvable. Il entre dans toutes les situations à fond sans jamais lire la notice. C'est lui qui lance les plans, lui qui les fait dérailler, et lui qui trouve la phrase juste quand tout est fini.
« Bon, je crois qu'on va pas pé-CHO pour le moment. »
Il prépare tout : schémas, plannings, tableurs, statistiques. Puis vient le moment d'agir, et son corps refuse catégoriquement de suivre le plan qu'il vient d'écrire lui-même.
« J'ai tout calculé. Statistiquement, ça peut pas rater. »
Générer un beau plan avec une IA prend quelques minutes. Générer deux cents plans qui semblent appartenir au même film, c'est un tout autre métier. C'est le point où la plupart des projets vidéo IA s'arrêtent.
La solution tient en un mot : la référence. Chaque personnage et chaque lieu existe d'abord sous forme d'image figée, avec ses couleurs exactes, sa silhouette, ses accessoires. Cette chambre, par exemple, sert de décor de départ à presque tous les épisodes. Sa géographie est verrouillée : les LED bleues au plafond, le bureau à double écran, le skate contre le mur.
Ensuite, chaque plan cite cette référence au lieu de redécrire le personnage. La casquette bleue de Momo et les lunettes rondes de Toto ne disparaissent jamais, parce qu'elles ne sont jamais redemandées : elles sont héritées.
Voici exactement comment un épisode passe de l'idée au fichier final. C'est le même enchaînement que celui que j'applique quand je produis une vidéo pour une marque, à un détail près : le client remplace le carnet de gags.
L'épisode est raconté scène par scène, en français, comme une histoire. Aucun outil, aucun prompt à ce stade : juste le gag, sa mécanique et sa chute.
Un visuel figé par lieu et par nouveau personnage. La géographie est verrouillée au mètre près, et ce qui est à gauche y reste jusqu'au dernier plan.
Entre vingt et trente clips par épisode, générés un par un. Chacun demande plusieurs essais avant d'être exploitable, et beaucoup finissent à la corbeille.
Tout est visionné, comparé, trié. On garde la meilleure prise de chaque plan, et il faut parfois relancer une génération entière pour trois secondes d'image.
Casquette bleue, lunettes rondes, couleurs des tenues, sens des déplacements : chaque plan est vérifié contre le précédent. L'étape la plus ingrate, et la plus décisive.
Voix, pas, portes, éclaboussures, ambiances : chaque son est placé à la main, image par image. Un bruitage décalé de trois images casse le gag.
Les thèmes sont créés sur mesure, puis retaillés pour tomber juste sur les moments clés. La musique reste rare : elle souligne, elle ne remplit pas.
Assemblage, rythme, transitions, étalonnage, effets. C'est là que l'épisode devient un épisode : rapide, sans temps mort, sans ralenti.
Elle tient la fabrication. Un plan d'animation 3D qui aurait demandé plusieurs jours à un studio sort en quelques minutes, dans une qualité qui passe à l'écran. Elle tient aussi le volume : produire deux cents plans seul était impensable il y a deux ans.
Elle ne tient pas la continuité. Sans images de référence et sans vérification plan par plan, une casquette change de couleur, un personnage grandit de dix centimètres, une porte passe de gauche à droite. Elle ne tient pas non plus le rythme comique : le timing d'une chute se décide au montage, à l'image près, et aucun outil ne le fait à votre place.
Autrement dit, l'IA a remplacé l'atelier, pas le réalisateur. C'est une bonne nouvelle pour ceux qui ont quelque chose à raconter, et une mauvaise pour ceux qui espéraient un bouton.
Chaque épisode est visible en intégralité sur le site de la série et sur la chaîne YouTube.
Canicule, chlore et humiliation
Trente-huit degrés, deux serviettes assorties, beaucoup d'assurance. Détail négligé pendant la préparation : aucun des deux ne sait nager.
Premier match, première fuite
Une application de rencontre, un profil commun largement enjolivé, un match en douze secondes. Le plan est parfait sur le papier. Le papier ne descend pas au parc.
Deux semaines pour devenir des monstres
Un programme sur tableur avec code couleur et courbe de progression. Le tableur ne survivra pas aux dix premières secondes du tapis de course.
Un plan mathématique en salle obscure
Séance d'horreur, raisonnement imparable exposé à voix trop haute dans le hall, et un grand seau de popcorn qui va parcourir trois rangées.
Un pari très risqué
Un skate qui dort contre un mur depuis deux ans, trois roues sur quatre jugées largement suffisantes, et un grand bowl à descendre sans poser le pied.
Alerte à la vague
Un matelas gonflable de deux mètres, vingt minutes pour le gonfler, huit secondes pour le voir partir vers le large.
Pro du strike, ou élément de décor ?
Un « truc naturel » revendiqué sans jamais y avoir mis les pieds, face à une méthode complète avec angle d'attaque et point de contact.
La vengeance
Le silence obligatoire est exactement le terrain sur lequel Momo est le plus mauvais. C'est donc là qu'ils décident de prendre leur revanche.
Une série d'animation est un cas extrême : beaucoup de plans, beaucoup de continuité, aucune tolérance à l'incohérence. Si le pipeline tient là, il tient pour à peu près tout le reste.
La conséquence concrète pour une entreprise n'est pas « faire des dessins animés ». C'est que le coût d'un contenu vidéo original vient de s'effondrer, et que le facteur limitant a changé de camp. Hier, la question était : ai-je le budget pour tourner ? Aujourd'hui : ai-je quelque chose à montrer, et quelqu'un capable de le diriger ?
Une marque peut désormais produire un spot publicitaire avec ses propres personnages récurrents, une gamme de vidéos produits déclinée à l'infini, ou un format court hebdomadaire qui aurait exigé une équipe entière. Ce qui reste rare, ce n'est plus la capacité de production : c'est l'écriture, la direction artistique et la discipline de cohérence.
C'est exactement ce que je fais pour mes clients, et cette série est ma manière de le prouver sur pièce plutôt que d'en parler.
Avec Stéphane Delgado, passez à l'action dès aujourd'hui.
Répondez sous 24h – échange gratuit et sans engagement.
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