Cinq minutes quarante-et-une, une septantaine de plans, quatre personnages qui gardent le même visage du premier au dernier plan. Aucune caméra, aucune équipe, aucun mètre parcouru en altitude. Je me suis mis en scène en train de gravir l'Everest, et tout ce que vous voyez à l'écran a été généré par intelligence artificielle.
Cette page n'est pas seulement une vitrine. Je raconte le film, et en parallèle je démonte la méthode : le storyboard, les planches de personnages, la génération des plans, le montage et la musique. De quoi refaire la même chose chez vous.

« 8848m », court métrage d'aventure entièrement généré par intelligence artificielle. Mieux vaut le regarder en plein écran, avec le son.
Un alpiniste, Vincent, arrive au camp de base avec un sherpa, Pemba. La nuit tombe, une file de frontales s'étire vers la face nord, et l'ascension commence. Passage de l'échelle au-dessus de la crevasse, corde fixe, crampons qui mordent la glace bleue.
Puis la tempête s'abat sur le camp d'altitude. Elle change le film de sujet : il ne s'agit plus d'atteindre 8848 mètres, il s'agit de redescendre. Sur le chemin du retour, les deux hommes trouvent une alpiniste à bout de forces, Claire, et la ramènent.
C'est volontairement une histoire simple. Une IA générative dérive vite, et plus le récit est net, plus il est facile de repérer le plan qui sort du cadre et de le régénérer. La contrainte narrative est ici une contrainte de production.
Voici exactement l'enchaînement que j'ai suivi pour 8848m. Il est reproductible : c'est le même que j'applique quand je produis un film pour une marque, à ceci près que le brief remplace l'idée de départ.
Le film existe d'abord sur le papier, scène par scène, en français. Pas de prompt à ce stade : le conflit, la montée en tension, le point de bascule. Sur 8848m, ce point de bascule est la tempête, et il tient en une phrase.
C'est l'étape que tout le monde saute, et c'est celle qui décide de tout. Un outil de génération vous donnera toujours une belle image ; il ne vous donnera jamais une raison de regarder la suivante.
Chaque séquence reçoit sa valeur de plan, sa durée et sa phrase d'intention : gros plan, plan moyen, très grand plan de nuit. Ce document devient la feuille de route de la génération, et surtout le garde-fou : tant qu'un plan n'est pas conforme à sa case, il est régénéré.
C'est ici que se joue la crédibilité d'un film IA. Chaque personnage est généré une fois, en portrait et en pied, avec ses couleurs exactes, sa silhouette et ses accessoires. Ensuite, chaque plan cite cette référence au lieu de redécrire le personnage.
Sans cette étape, la veste change de rouge, la barbe apparaît et disparaît, le sherpa rajeunit de dix ans entre deux plans. Avec elle, Vincent reste Vincent pendant cinq minutes quarante.
Chaque case du storyboard devient un plan vidéo généré séparément, en 16:9, sur des durées courtes de cinq à trente secondes. Environ soixante-dix plans ont été conservés au montage final.
Le chiffre qui compte n'est pas celui-là, c'est le taux de déchet : il faut compter trois à six tentatives par plan exploitable. Un doigt en trop, un crampon qui traverse la glace, un regard qui part dans le vide, et le plan repart à la génération. C'est long, et personne ne le dit.
J'ai monté 8848m dans CapCut. Le dérushage d'abord : tout visionner, comparer les prises d'un même plan, garder la meilleure. Puis l'assemblage sur la timeline, dans l'ordre du storyboard.
Le montage fait trois choses qu'aucune IA ne fait à votre place. Il impose le rythme, en coupant une seconde avant que le spectateur ne décroche. Il crée la continuité, en plaçant côte à côte deux plans générés séparément pour qu'ils semblent tournés dans la même minute. Et il installe le regard : un raccord sur un visage inquiet ne raconte pas la même histoire qu'un raccord sur le sommet.
C'est aussi au montage que se règlent l'étalonnage, la respiration entre les séquences et les fondus. Sur ce film, la timeline compte plusieurs pistes vidéo, une piste de titres et quatre pistes audio séparées.
La bande-son a été générée sur Suno, cue par cue. Plutôt que de poser une musique libre de droits et de couper au hasard, chaque nappe est décrite dans son intention : orchestral tendu pour la tempête, souffle grave et lent pour la nuit, respiration cuivrée pour le sommet.
Chaque piste est ensuite retaillée à la seconde pour tomber juste sur les moments clés : le départ, la bascule de la tempête, le plan du sommet. La musique reste rare dans le film. Elle souligne, elle ne remplit pas les trous.
Le son d'ambiance suit la même logique : vent, crampons dans la glace, souffle dans le masque, grésillement de la radio. Un bruitage décalé de trois images suffit à casser une scène.
Des images extraites du montage final, dans l'ordre du récit.
Camp de base. Un alpiniste ajuste sa veste. Le silence, puis le départ.
Une file de frontales s'étire dans la nuit, vers la face nord.
L'ascension commence à l'aube, corde fixe et crampons dans la glace.
Un regard entre Vincent et Pemba. Une décision. On continue.
La tempête s'abat sur le camp. La radio devient le seul lien.
8848 mètres. Le sommet, majestueux et impitoyable.
Retour au camp de base. Personne n'a été laissé derrière.
Aucune ne fait un film. Chacune fait une étape. Pour 8848m, la génération des plans vidéo passe par un modèle de génération vidéo à partir d'images de référence, le montage par CapCut, la musique par Suno. C'est un assemblage d'outils, pas un bouton unique, et c'est la raison pour laquelle les films IA convaincants restent rares alors que les outils sont accessibles à tous.
Comptez plusieurs jours de travail effectif, dont une grande partie en génération et en tri. Sur 8848m, l'écriture et le storyboard ont pris quelques heures, la génération des plans l'essentiel du temps, et le montage avec le son environ une journée. Ce n'est pas un travail de quelques minutes, malgré ce que laissent croire les démonstrations en ligne.
Oui, à condition de savoir ce que l'on génère. Les points de vigilance sont toujours les mêmes : ne pas reproduire un visage réel identifiable sans autorisation, ne pas s'appuyer sur une marque ou une œuvre protégée, et vérifier les conditions d'utilisation commerciale de chaque outil, qui diffèrent d'une plateforme à l'autre et selon le type d'abonnement. Pour un film diffusé publiquement ou utilisé par une marque, ces conditions se lisent avant la production, pas après.
Oui sur l'image, et 8848m le montre. Les limites sont ailleurs : les mains, les foules en arrière-plan, les interactions physiques précises entre deux personnages, et surtout la continuité d'un plan à l'autre. C'est le travail de référence et de vérification plan par plan qui produit le réalisme, pas le modèle utilisé.
Pour une scène d'Everest, oui, évidemment. Pour un témoignage client filmé dans vos locaux, non. L'IA a fait s'effondrer le coût des images impossibles à tourner : décors extrêmes, reconstitutions, univers imaginaires. Elle n'a rien changé au fait qu'un vrai visage humain reste plus convaincant qu'un visage généré quand le sujet est la confiance.
Elle tient l'image. Un plan d'Everest qui aurait demandé une expédition, une équipe et un budget à six chiffres sort en quelques minutes, dans une qualité qui passe à l'écran.
Elle ne tient pas la continuité. Sans planches de référence et sans vérification plan par plan, une veste change de teinte, un visage vieillit, une corde change de côté. Elle ne tient pas non plus le rythme : la durée d'un plan avant la coupe se décide à l'image près, au montage, et aucun outil ne le fait pour vous.
Autrement dit, l'IA a remplacé l'équipe technique, pas le réalisateur. Bonne nouvelle pour qui a une histoire à raconter, mauvaise pour qui espérait un bouton.
Je vous accompagne en coaching personnalisé, sur votre projet et avec vos outils. Pas une formation générique enregistrée : une session de travail sur ce que vous voulez produire.
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