Elliott Bobiet a commencé par créer le site d’un événement qui n’existait pas, uniquement pour attraper des backlinks. Neuf ans plus tard, cet événement fantôme s’appelle le SEO & GEO Summit, il remplit le Parc des Princes et il s’installe à Disneyland Paris les 15 et 16 octobre 2026. Je l’ai reçu deux heures pour qu’il raconte l’histoire complète, sans filtre.
On a parlé de l’événement, forcément, mais aussi de ce qui pousse un organisateur à le rebaptiser Acquisition Summit au moment précis où le métier bascule vers le GEO. Le podcast complet est juste en dessous. Après, ce que j’en retiens.
Qui est Elliott Bobiet
Elliott Bobiet est consultant SEO depuis dix-sept ans et cofondateur du SEO & GEO Summit, le plus gros événement français consacré au référencement. Il est basé à Orléans, où il a monté successivement une agence de sites WordPress vendus avec la prestation SEO incluse, une boutique d’impression de t-shirts en print on demand, puis Content Rank, une plateforme de rédaction de contenu.
Son école, c’est celle des gros livres d’Olivier Andrieu et du bootcamp de Laurent Bourrelly, qu’il rejoint en 2014. À l’époque, il fait du SEO « très gentil » : du bon contenu, pas de backlink, et un maillage interne qu’il pratique sans savoir qu’il le pratique. Il a repéré qu’en posant systématiquement une ancre exacte depuis ses articles de blog vers la catégorie e-commerce correspondante, la catégorie montait. Il a exploité l’observation pendant des années avant d’en connaître le nom.
Le SEO Summit est né d’un faux événement monté pour attraper des backlinks
L’événement est né d’un exercice de netlinking, pas d’une ambition événementielle. Laurent Bourrelly lance à ses élèves un défi : créer un site capable d’attirer naturellement des backlinks. Elliott, qui n’est pas développeur et ne peut donc pas sortir un outil, analyse des SERP et remarque une anomalie. Le site du SEO Camp, alors le plus gros rendez-vous du secteur, reçoit des liens d’agences, de freelances et de consultants qui racontent tous leur journée dans un article de blog.
Sa conclusion tient en une phrase : un événement est une machine à liens. Il monte donc le site d’un événement SEO qui n’a ni date, ni lieu, ni billetterie, et il fait du ninja linking avec. Il inscrit son faux salon dans l’agenda de l’agglomération d’Orléans, où un modérateur qui ne connaît rien au SEO voit une adresse, une photo de locaux et valide. Il contacte des agences et des freelances qui acceptent volontiers de parler de son event. Les liens tombent.
Il montre le résultat à Laurent Bourrelly, qui lui répond la seule chose logique : tu n’as plus qu’à l’organiser. Le centre des congrès d’Orléans lui dépanne une salle. Pour recruter les conférenciers, il appelle Paul Sanchez, qui demande qui d’autre sera là, et il répond que tout le monde a dit oui. Puis il appelle le suivant en disant exactement la même chose. À la fin, tout le monde avait effectivement dit oui.
La première édition se tient le 17 avril 2017 et vend 80 billets. Café en percolateur loué, bonbons achetés chez Metro, food truck parce qu’il n’y a rien à manger sur place, billet à une cinquantaine d’euros. Et un parti pris éditorial assumé : parler de tout ce dont les autres événements ne parlaient pas, le cloaking, l’obfuscation, les PBN, le ninja linking.
D’une salle de 80 places à Orléans jusqu’au Parc des Princes
La progression s’est faite par paliers de lieux, avec un trou de quatre ans au milieu. Le Labo d’Orléans en 2017 et 2018, une capacité de 200 places remplie à 150. Deux éditions en 2019, Bordeaux en juin et Orléans en novembre, en mode associatif : les bénéfices payaient un restaurant et les conférenciers n’étaient pas défrayés. Puis le Covid, une vague d’événements virtuels gratuits qui rend le modèle payant intenable, et l’arrêt.
Entre-temps, Content Rank tourne bien. Jusqu’à 100 contenus commandés par jour, 800 rédacteurs freelances dans le monde. En novembre 2023, la courbe de commandes tombe à zéro. Pas « baisse fortement » : zéro. Les éditeurs de sites expliquent qu’ils se débrouillent avec ChatGPT gratuit. C’est ce mur-là qui ramène Elliott vers l’événementiel, avec une édition en février 2024 à Orléans qui réunit environ 205 personnes.
C’est Michaël Priol, troisième associé et opérateur d’une des grosses plateformes de netlinking françaises depuis 2015, qui pose le diagnostic : il y a un plafond de verre, il faut monter à Paris. Le Grand Rex accueille l’édition suivante, 480 personnes et une vingtaine d’exposants, avec un défaut de configuration que tout organisateur connaît : deux niveaux, et des exposants persuadés que le public est toujours à l’autre étage.
Le Parc des Princes règle le problème avec trois salles et 26 emplacements d’exposants. Octobre 2025 : 680 personnes, deux cents de plus que le Grand Rex. Mars 2026 : une seconde édition dans le même lieu, avec Neil Patel en conférence et en formation, une première dans le SEO francophone. Elliott raconte que le deal prévoyait une demi-heure et un départ immédiat, et qu’il a finalement passé deux heures avec lui à faire le tour de la pelouse.
Il insiste sur le symbole, et je le rejoins complètement. En 2015, le SEO était un sorcier de cave que personne ne comprenait dans les comités de direction : si ça marche tu es un génie, si ça rate tu es un guignol. Amener ce métier au Parc des Princes puis à Disneyland, c’est le sortir de la cave.
Pourquoi le SEO & GEO Summit devient l’Acquisition Summit
Le changement de nom vient d’une conviction technique sur le GEO, pas d’un exercice de marketing. Pour être cité par une réponse générative, il faut exister dans plusieurs index à la fois : celui de Google, celui de YouTube, Common Crawl, les réseaux sociaux, la presse, Discover, les images. Elliott le résume ainsi : faire du GEO, c’est faire du multicanal. Un salon qui ne parlerait que de SEO organique serait donc en retard sur ce que ses propres participants doivent piloter.
La deuxième raison est économique et il l’assume sans détour. Beaucoup d’agences ont levé le pied sur les salons et la communication payante depuis que les budgets clients se sont figés. Si cette prudence dure deux ou trois ans, un salon 100 % SEO se retrouve avec quinze sponsors, ce qui n’a aucun sens. En parallèle, il constate que les acteurs du SaaS, de la génération de leads, de l’enrichissement de data et du scale n’ont pas de salon dédié à l’acquisition en France.
D’où le repositionnement : SEO by Night, puis SEO Summit, puis SEO & GEO Summit, et maintenant Acquisition Summit. La cible visée n’est plus seulement le consultant SEO mais le CMO, le traffic manager et le responsable acquisition, avec des conférenciers venus du SEA, du social ads, du contenu, du marketing automation et du CRM. Les deux sites, seo-summit.com et acquisition-summit.com, pointent aujourd’hui vers le même rendez-vous.
Ce que vous venez chercher les 15 et 16 octobre 2026 à Disneyland Paris
L’édition 2026 se tient les 15 et 16 octobre au Disney Hotel New York, The Art of Marvel, dans le Convention Center de Disneyland Paris. Le lieu offre environ 2 000 m², de quoi loger jusqu’à une soixantaine d’exposants là où le Parc des Princes plafonnait à 26, plusieurs salles de conférence en parallèle et plus de cinquante intervenants sur les deux jours.
Elliott distingue trois façons d’y venir, et la distinction est utile avant d’acheter un billet.
🎯 Votre visibilité sur Google et les IA vous préoccupe ?
Audit SEO & GEO personnalisé. Premier échange 100 % gratuit. Résultats mesurables.
Prendre RDV gratuitementEn participant, vous venez pour le réseau autant que pour le contenu. Il le dit sans enrobage : une conférence ne remplace pas une formation. Elle ne vous apprend pas à faire, elle vous montre qu’un professionnel a traité tel sujet de telle manière, et elle vous indique donc sur quoi travailler en rentrant. Vous croisez aussi en vrai les créateurs que vous suivez sur LinkedIn et YouTube, ce qui vaut souvent le déplacement à soi seul.
En exposant, vous remplissez un pipeline. Les participants viennent avec des problèmes concrets et cherchent des solutions, ce qui rend la conversation nettement plus simple qu’en appel d’offres. Elliott raconte avoir vu un sponsor rentabiliser son stand en dix minutes, à 9 h 20, un annonceur ayant sorti sa carte bancaire sur place après une offre de crédits offerts. Il nuance immédiatement : les délais de signature chez les grands comptes se sont allongés depuis un ou deux ans, et ce cas reste exceptionnel.
En conférencier, vous démontrez votre expertise devant vos pairs et devant des annonceurs. C’est là qu’intervient le biais d’autorité dont on a longuement parlé : être vu sur la même scène que les références du secteur change la perception qu’on a de vous avant même le premier échange.
Sur l’intendance, deux détails qui pèsent. Les hôtels Disney situés à trois à cinq minutes à pied, le New York, le Newport et le Cheyenne, sont accessibles avec environ 50 % de remise négociée après achat du billet, ce qui les rend moins chers qu’une chambre correcte à Paris. Et les tarifs des pass augmentent à mesure qu’on approche de la date, sans code promo à espérer : la grille à jour est sur le site officiel.
Sa thèse : le présentiel redevient une preuve
La thèse d’Elliott sur les prochaines années tient en une idée : plus l’IA rend le online falsifiable, plus le présentiel devient une accréditation. Sur le web, vous ne savez plus si un commentaire vient d’un humain, si une vidéo courte est générée, si un avatar cloné parle à votre place. Il a lui-même testé les messages vocaux automatisés sur LinkedIn et l’avatar qui commente un audit, et il en est revenu pour une raison précise : un modèle probabiliste finit par raconter n’importe quoi une fois sur dix, et c’est votre nom qui l’a dit.
En face, une conversation de vingt minutes sur un pouf d’hôtel ne se falsifie pas. Il le formule à sa façon : en présentiel, on reconnaît vite une truffe. Et il constate qu’il reconnaît encore, dix ans après, les gens croisés une fois en physique, alors qu’il ne remet pas un visage vu en visio il y a quatre ans.
Le corollaire commercial est simple. Ce qui reste, ce sont les preuves : avis clients, témoignages, gens qui parlent de vous ailleurs que chez vous. C’est exactement le mécanisme que Nelly Kempf appelait la triangulation dans notre échange précédent, et c’est ce qui décide aujourd’hui si un modèle vous cite ou vous ignore quand on lui demande si votre entreprise est fiable.
« 0 multiplié par 1 000, ça fait toujours 0 »
L’IA amplifie une compétence, elle ne la crée pas. C’est la partie de l’échange la plus utile pour qui gère un site aujourd’hui. Elliott reprend une phrase entendue chez Camille, qu’il regrette de ne pas avoir sortie le premier : si vous produisez du mauvais contenu au départ, l’IA vous permettra surtout d’en produire beaucoup plus vite. Lui écrivait déjà des posts LinkedIn corrects avant, donc il en sort quatre par jour. Quelqu’un qui n’en était pas capable en sortira quatre mauvais.
Sur les outils de publication en autopilote, son analyse rejoint la mienne. Les courbes montent, les propriétaires sont ravis, puis ça retombe, parce que Google laisse tourner avant de déclencher ses algorithmes anti-spam, qui coûtent cher à exécuter. Trois mois de sursis en moyenne. Ces outils fonctionnent, mais entre les mains d’une agence qui sait quoi demander et qui sait repérer une sortie aberrante : si vous ne précisez pas de laisser les liens en dofollow et la page en index, un modèle probabiliste finira par vous produire un noindex sans raison.
Il appelle ça le mur invisible. Vous roulez droit dessus, vous ne le voyez qu’au dernier moment. Sa position sur la suite est tranchée, et je la partage : il ne prendra pas les missions de réparation des sites saccagés à l’IA. Reprendre les cannibalisations, réécrire, refaire un plan de redirections 301, supprimer des pages, c’est un travail de titan que personne ne financera après être passé d’une agence à 15 000 € par an à un abonnement à 20 € par mois.
Le netlinking ne meurt pas, il devient un marché de citations
L’arrivée des citations par les IA est une bonne nouvelle pour le marché du lien, à condition qu’il change de produit. C’est la réponse d’Elliott à une question posée en direct pendant le live, et elle mérite d’être entendue par tous ceux qui vivent de la vente de liens.
Le marché du backlink existe depuis 2008 et il est usé : trop d’intermédiaires, trop de revendeurs, des prix écrasés, des acheteurs qui prennent tout et n’importe quoi. Monter une ferme de mille sites automatisés avec du contenu à peu près correct est désormais à la portée de tout le monde, ce qui achève la valeur du lien nu.
Ce qui reprend de la valeur, ce sont les sites de qualité tenus par des auteurs identifiables, reconnus dans leur domaine, avec une vraie signature d’expertise. Ce que ces sites vendront demain, ce ne sont plus des liens à 50 € mais des citations, des relations presse et des articles de fond, à un tarif sans rapport avec l’ancien. La compétence à acquérir maintenant, c’est de comprendre ce qui déclenche une citation dans une réponse générative pour être prêt quand le budget suivra.
Une remarque technique qui vaut le détour : Elliott ne met plus que des entités nommées dans les tags de ses vidéos YouTube, marques et noms de personnes citées, plus aucun tag générique. Résultat observé, ses vidéos remontent régulièrement en suggestion derrière celles des personnes qu’il a taguées. C’est la même logique d’entités que celle qu’on travaille dans les données structurées destinées aux IA, appliquée à un autre index.
Ce que j’en retire
Ce que raconte Elliott sur 2026 ressemble beaucoup à ce que Paul Sanchez et Laurent Bourrelly ont vécu entre 2002 et 2012 : une période où le métier est à réinventer, où personne n’a la carte, et où évangéliser rapporte peu. Son inquiétude ne porte d’ailleurs pas sur la survie du SEO mais sur son modèle économique. Vendre du temps, du cerveau, de la formation, un système, de l’événement : il ne tranche pas, il teste.
La partie sur laquelle il ne doute pas, c’est qu’on ne traversera pas cette bascule chacun dans son coin. Sa formule, c’est qu’on n’allait pas chasser le mammouth tout seul. Le mammouth, aujourd’hui, ce sont les AI Overviews, le Mode IA et les LLM.
Si vous hésitez encore à réserver, le calcul est vite fait : deux jours de conférences et de réseau, plus une remise de moitié sur l’hôtel, pour un budget proche de deux nuits parisiennes. Rendez-vous les 15 et 16 octobre à Disneyland Paris. Je compte bien y être.